Un peu de réflexion libre sur la photographie

Jardin du Luxembourg en novembre 2015
Malgré le poids des années, la multiplication de mes blogs et de mes supports d'écriture, Electrons libres conserve intemporellement sa logique : La convergence entre photographie et mes réflexions d'ordre général. Débuté le 1er octobre 2008, bien que parfois concurrencé par mes autres activités (notamment par mon blog sur mes reportages avec le X100T depuis avril 2015), il est de tous les temps mon calepin de notes autobiographiques ou techniques. Ce 361ème article n'échappe pas à la règle, visant à décrypter mon état d'esprit actuel par rapport à ma pratique personnelle de la photo.

Pour appuyer mes pensées, j'ai jugé bon de citer des citations de grands photographes ou écrivains.

William Klein

"Sois toi-même. Je préfère de beaucoup voir quelque chose, même si elle est maladroite, qui ne ressemble pas à l'œuvre de quelqu'un d'autre."

Henri-Cartier Bresson 

"Photographier, c'est une attitude, une façon d'être, une manière de vivre." (1994)

"Si il n’y a pas d’émotion, si il n’y a pas de choc, si on ne réagit pas à la sensibilité, on ne doit pas prendre une photo, c’est la photo qui nous prend." (1969)

"Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le coeur."

"L'appareil photo est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois. Pour « signifier » le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C’est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression."

"La composition doit être une de nos préoccupations constantes, mais au moment de photographier elle ne peut être qu'intuitive, car nous sommes aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants."

"Il y a une fraction de création d'une seconde lorsque vous prenez une photo. Votre œil doit voir une composition ou une expression que la vie elle-même vous offre et vous devez savoir avec intuition quand déclencher. Tel est le moment où le photographe est créatif. Une fois que vous le manquez, il est parti pour toujours."

Bill Brandt

"Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l'enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange."

Robert Doisneau

"Quand on est prisonnier de l'image, cela vous donne toutes les audaces."

Eric Kim

"La photographie de rue, c'est avant tout 80% de culot !"

Anatole France

"En art comme en amour, l'instinct suffit."

Georges-Bernard Shaw

"Le photographe est comme la morue qui pond un million d'oeufs afin qu'un puisse éclore."

Toutes ces citations n'ont pas été choisies par hasard et représentent le vivier de mon argumentaire, de mes observations et des propres critiques que je pourrai éventuellement me faire sur ma propre pratique photographique. Globalement, toutes ces citations donnent justice à ce que j'ai personnellement appris ou ressenti au gré de mes milliers de découpages dans le viseur. Plusieurs points importants se sont détachés de mon analyse que je pourrai donner comme conseil à n'importe quel photographe (surtout s'il débute) :

I) Etre authentique, être sois-même, jamais chercher à copier un(e) autre photographe

II) On est d'autant plus performant avec un appareil photo lorsque notre créativité est guidée par une cohérence dans le but du témoignage et dans les sujets photographiés allant bien au-delà de réaliser simplement de bonnes photographies car le photographe est également tout à la fois, journaliste, poète et romancier.

III) Quand il s'agit d'une quête de témoignage authentique à laquelle on croit véritablement, on est à même, mieux que quiconque, de ressentir profondément le bien-fondé d'un cliché. Dans ces conditions, on peut redoubler d'une audace bien rare pour aller capturer cet instant si difficile en d'autres circonstances moins passionnées. Il faut se sentir impliqué par le sujet.

IV) Abandonner les certitudes pour débrider la créativité en acceptant de prendre certaines photos qui ne semblent pas intéressantes au premier abord. Au développement, il y a fréquemment des surprises.

V) L'instinct est le meilleur moteur de la composition. Il convient de se préoccuper constamment de la composition mais dans la photographie sur le vif, on n'a pas le temps de réfléchir, il faut s'abandonner juste à sentir intuitivement que le moment de déclencher est venu car si on hésite, ce moment ne reviendra plus.

VI) La probabilité d'une bonne photo est extrêmement faible. Il faut accepter de multiplier les essais dans la perspective d'augmenter les chances d'éclosion d'une belle réussite. En d'autres termes, il faut accepter de sacrifier du temps pour aller à l'encontre de ces images ; c'est bien souvent ce que j'accepte seulement et seulement si, de faire quand je suis conditionné à chercher l'image, en dehors de toutes pressions du quotidien.

Ainsi, me semble aujourd'hui parfaitement compréhensible pourquoi la photographie de rue représente fréquemment pour moi un sujet assez difficile car contrairement à d'autres thématiques qui me sont propres, je ne suis motivé, animé dans mes photos urbaines en extérieur par aucun but précis, ne me sentant finalement que trop peu impliqué et trop peu sensibilisé par l'être humain.

S'il n'y a pas de but, il ne peut y avoir une photo ou quand je déclenche malgré cela, elle ne représente rien. La photographie de rue est en recrudescence depuis ces dernières années, tout le monde s'y met et il me semblerait donc que mon esprit puisse également se heurter justement consciemment comme inconsciemment à cette impression dérangeante de faire comme tout le monde, de ne pas être moi-même, de n'être qu'un simple suiveur sans philosophie propre. Avec les vaches, je me sens moi-même et impliqué ; Avec l'homme, je me sens étranger, lointain, déconnecté. De ce fait, il ne peut y avoir d'audace, encore moins de culot dans l'approche de mes sujets dans la rue (disposition pourtant préalable dans la réalisation de bonnes photos dans ce contexte). L'acceptation de soi-même et l'affirmation de soi-même, tels sont les vrais filigranes de la photographie...

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