Juillet et août 2015 : Photo de rue et syndrome de Garry Winogrand

Gare du Nord, le 7 août 2015
En ce mois d'août, après plusieurs mois de silence sur ce blog, il me semblait important de reprendre un peu la plume, d'autant plus comme tous mes silences, qu'il est souvent synonyme de progrès notables dans mon existence artistique. Les prémices très subtiles au début de juin, juillet, ont accouchés brutalement de leurs premiers produits véritables dès le début du mois d'août 2015.

Photographe très longtemps sauvage à cause de mon passé douloureux avec mes semblables et de mes légers traits autistiques de haut niveau, nul n'aurait imaginé cette tardive conversion à la photographie de rue, où l'humain devient bien justement l'acteur principal dans mes images. Depuis mes débuts photographiques officiels en 2005, l'humain était continuellement prohibé, exclu de mon champ d'expression et quand les premières marques de ma lente sociabilisation ont commencé à se dessiner, ce fut pour me réfugier dans l'agriculture ainsi qu'auprès d'animaux de la ferme qui deviendront mon indissociable emblême artistique : Les bovins.
Cette connexion directe à l'humain intervient bien justement où toute ma vie se prépare à basculer massivement dans une évolution de vie bien certainement la plus déterminante depuis ma naissance (notamment changement radical de lieu de domiciliation par l'abandon de la maison familiale) ; évolution seulement possible si j'ose remettre en cause fondamentalement toute la pyramide de mon intéraction historiquement désastreuse avec les autres sur laquelle est basée tout mon chemin existentiel depuis trois décennies. Tout photographe se trahit par la nature de ses images car photographier, c'est exposer son regard propre du monde et l'apparition soudaine de l'humain dans mes images pourrait en dire beaucoup à un(e) psychologue sur le bouleversement brutal de mon système de pensée par rapport à mes semblables. Du statut de total indésirable, l'humain est passé ces derniers mois à celui d'acteur bienvenu, au point d'ailleurs qu'il me soit finalement devenu divertissant de jouer au chat et à la souris avec lui. Une autre raison ayant pu favoriser ce basculement est certainement mon investissement dans le Fujifilm X100T, véritable "LEICA du pauvre" dont la discrétion et la compactibilité ont beaucoup facilité mon ouverture à cette branche de la photographie.

Gare du Nord, le 13 août 2015

La photographie de rue fait appel à des techniques particulières visant à être le plus discret possible pour saisir l'humain sans paraître trop intrusif et agressif dont la première est d'apprendre à déclencher à l'aveugle, sans même utiliser l'écran arrière LCD du boitier...Chose justement d'autant plus simple quand on travaille toujours avec la même focale fixe dont la pratique permet à terme de deviner le champ couvert ! Contrairement à la plupart des branches de la photographie, l'imperfection des cadrages en photographie de rue ne saurait être redhibitoire à partir du moment où l'émotion de la scène se révèle parfaitement restituée. En photographie de rue, au contraire de ma pratique académique des dix dernières années visant à un certain perfectionnisme, il faut apprendre à lacher prise avec la notion de perfection, être instinctif, presque animal au moment de déclencher et ne surtout pas réfléchir car la chance sourit bien souvent beaucoup plus à celui qui laisse faire la providence du "lancé de dés" que celui qui réfléchit trop sur les cadrages.

Gare du Nord, le 13 août 2015

Ainsi, mon inspiration dans la photographie de rue se résume à la vision de l'un des plus grands dans cette branche : L'américain Garry Winogrand (1928-1984). Un grand nombre de ses images présentait des plans clairement penchés, preuve qu'aucun "défaut" ne se veut redhibitoire quand la prise est bonne. Atteint du syndrôme de Garry Winogrand quand il s'agit de ce type de photographie, ma démarche se résume finalement tout à fait à l'identique. Comme Garry Winogrand, dans ma façon d'appréhender la photographie de rue (contrairement à mes travaux dans le Pays de Bray qui possédent constamment des messages sous-jacents pour la défense de l'agriculture), je ne vise à faire passer aucun message car seule l'obtention d'une image avec des humains m'intéresse. J'ai décidé de photographier hommes, femmes, les groupes, les foules ; autant d'inconnus, autant d'anonymes...Juste pour l'image ! Bien-sûr, parfois, certaines de mes images pourront trouver tout naturellement un sens mais ce n'est pas mon objectif principal.

Parvis du Louvre, le 1er août 2015

En photographie de rue, comme Garry Winogrand, savoir « à quoi ressemblent les choses quand elles sont photographiées » est un sujet simplement suffisamment excitant en lui-même et suffit à satisfaire ce jeu de chasse. Au travers de cette formule énigmatique, Garry Winogrand résumait son intention, résume mon intention : ne pas connaître les gens, ne pas rentrer dans leur intimité, ne pas chercher à composer quelque chose qui ait un sens, mais simplement rester l'étranger, celui qui passe et qui voit, puis qui donne à voir.

Gare du Nord, le 7 août 2015


Mes premiers pas dans cette branche ont trouvé naturellement un terrain très accueillant pour s'épanouir en Gare du Nord, suite tout d'abord initialement à mon désir de garder un souvenir des oeuvres de Street Art de la voie 36 mais comme toujours, ma témérité que je sous-estime trop souvent pour aller vers les autres m'a poussé à très largement me dépasser au point d'envisager désormais d'aller encore plus loin, toujours plus loin dans mon audace photographique. Me déplacer toujours avec un appareil à portée de main et saisir de parfaits inconnus, il y a encore quelques mois, je n'y pensais même pas ; Demain, je suis en droit de me demander ce qu'il me sera finalement possible de faire avec un appareil photo...!

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