8 juin 2014 : Pays de Bray, orages et grêle

Il y a de ces jours qui marquent pour toujours le calendrier ; Le dimanche 8 juin 2014 fait parti de ces dates pouvant s'inscrire dans le panthéon de mon existence pour la particularité des événements la parsemant. La veille, la journée fut déjà marquante pour ses températures, sa lourdeur de l'air et son soleil radieux dans un ciel d'un bleu insolent. Toutefois, le lendemain, la confrontation de deux masses d'air, une très froide et l'autre très chaude, allait conduire à la création d'un couloir orageux d'une rare violence, au point que mes parents n'avaient jamais vécu pareille manifestation météorologique dans le Val D'Oise depuis 1985, année où ils achétent le pavillon familial dans lequel ils vivent. La chute de grêle historique à laquelle ils allaient assister va défigurer de nombreuses communes Valdoisiennes le soir du dimanche 8 juin 2014. Le front orageux se maintiendra dans le même couloir la nuit suivante, du lundi 9 au mardi 10 juin avant de nous offrir, après un mardi affreux, un mercredi 11 marqué par une grève RATP de nouveau pleinement radieux illustré par un soleil continu dans un bleu presque imperturbable.


Huit heures avant la chute de grêle marquante, rien ne semblait pourtant laisser imaginer le pire. Le soleil brillait, il faisait lourd comme la veille, le ciel était d'un bleu inébranlable. Il faisait tellement chaud d'ailleurs que pour les très rares fois dans ma vie, je m'étais résigné à abandonner mon indémodable jean pour un confortable short en toile fine. A l'origine, je devais sortir ma voiturette de tourisme du garage pour assurer le rôle rare de chauffeur aux cotés de madame et laisser ainsi tout loisir à ma compagne de profiter des paysages mais devant la forte chaleur en présence, j'ai fini par renoncer pour son confort tout personnel de devoir lui faire subir une forte chaleur dans un véhicule pourtant fort confortable mais dénué de la si indispensable climatisation dont sa voiture est pourvue. Sans le savoir, les événements qui suivront donneront un aspect prémonitoire protecteur à ma décision. On doute trop souvent de la présence de Dieu mais dans toutes les chances qui marqueront notre soirée, on ne peut douter car la notion de hasard apparaît trop énorme quand on effectue la somme des paramètres : Une force supérieure très protectrice n'a cessé de nous guider dans nos décisions.

Tout d'abord, notre itinéraire ne ressemblera pas du tout à celui initialement prévu suite à une erreur de conduite de ma compagne et par la foi en celle-ci aux directions données par mon GPS malgré son erreur : "Fais confiance au GPS Arnaud, il sait où il va, il connaît la route.". Du coup, au lieu d'aller dans le Pays de Bray au plus direct, nous avons fini au frais "par hasard" dans une clairière de la forêt de Bornel (Oise). Il y faisait tellement bon que nous y trouveront sommeil et que nous y feront un arrêt de plus de deux heures en attendant que le soleil baisse. De sortie de la clairière en remontant la route jusqu'à son extrémité en sortie de forêt, on découvrira vers 18h30 un ciel laiteux, chargé, annonçant déjà quelques formes inquiétantes mais pas suffisamment pour que ma compagne m'invite à remonter à Chambly (Oise) pour s'y restaurer très ponctuellement dans une grande enseigne de Fast-Food bien connue, en me soumettant l'idée de nous perdre en Pays de Bray en seconde partie de soirée, entre 20h30 et 22h30. Le temps que nous nous restaurions, nous avons vu le ciel noircir de plus en plus mais pas encore suffisamment pour inquiéter ma compagne qui se charge alors de laver sa voiture dans une laverie située à distance immédiate du Fast-Food duquel nous étions sortis. Dans ce ciel devenu si inquiétant, si obscur, on pouvait y compter de nombreux éclairs et les premiers roulements de tonneaux de leur grondement encore lointain. Nous étions alors loin d'imaginer qu'à ce même moment, quelque-chose de très inhabituel se passait sur le Val D'Oise situé à 10 km à peine car orage ne signifie pas forcément recevoir des fragments d'un ciel entier sur la tête.

Nous quittons Chambly pour filer droit vers le Nord, en remontant la D1001 vers Noailles, sans se douter une seconde que la grêle, après avoir semée l'effroi des habitants du Val D'Oise, touchera très fortement cette ville de l'Oise, à peine 30 minutes après notre départ pour le Pays de Bray. A croire que toutes nos décisions étaient guidées par une force nous dépassant complétement car habituellement, nous avions plutôt l'habitude de finir notre course en fin de soirée dans le Val D'Oise mais là, tout concourt à penser que la protection divine voulait absolument nous épargner de la grêle. En cours de route, j'entends la sonnerie tout à fait reconnaissance de mon téléphone lorsqu'il s'agit d'un appel de mes parents. Quand je décroche, il s'agit de ma mère au téléphone, choquée, m'annonçant que j'aurai une drôle de surprise en rentrant à la maison ce soir et me demande si j'ai des soucis à dénombrer, question à laquelle je réponds très étonné : "Non. Tout va bien !". Les deux photos qui suivent réalisées le lendemain pour les besoins de l'assurance suffisent à comprendre la violence de cet épisode incroyable de grêle :

La tonnelle de jardin transpercée par plus de 6 grêlons
Le véhicule de mes parents défiguré par un grêlon de taille inattendue
Les cicatrices du passage de cet épisode de grêle ressemble à l'horreur car on dirait presque celles laissées par des armes de guerre. Pendant ce temps, nous assistons à une pluie fournie et à des éclairs de plus en plus violents au fur et à mesure que nous progressons vers notre destination. Nous bénéficions, dans un ciel très tourmenté, d'une accalmie absolue d'environ une heure auprès des vaches et des ânes. 



Compte-tenu qu'il plu par moments très sporadiques encore un tout petit peu et que mon appareil photo NIKON Coolpix P7100 resta prisonnier de mon sac à dos à l'arrière de la voiture, c'est la fonction photographique de mon dernier smartphone Androïd acquis en mars dernier dont j'avais eu l'occasion de tester les performances dans des billets précédents qui servira à la réalisation des deux clichés précédant cette prose dont le sujet devient brusquement plus scientifique car les dégâts observés chez mes parents conduisirent à ce que je m'intéresse de plus près sur le principe météorologique conduisant à la grêle, ceci d'autant plus à la vue de la taille impressionnante des "météorites de glace" dont la Gazette du Val D'Oise se fit un grand plaisir d'exhiber pour illustrer sa Une du week-end dernier sur les grands orages ayant eu cours de la région.


J'ai trouvé notamment une explication très claire sur la formation de la grêle sur le site de l'observatoire français des tornades et des orages violents KERAUNOS. Je cite alors la source : "La formation de grêlons nécessite un apport de noyaux de condensation (particule sur laquelle la vapeur d'eau va se déposer) dans le nuage. Comme dans le cas de la pluie, les gouttelettes d'eau en surfusion qui vont entrer dans une couche atmosphérique dont la température est en-dessous de 0°C vont geler au contact de noyaux de condensation.

Plusieurs théories co-existent quant au processus de formation de la grêle.
La plus ancienne stipule que les grêlons ont subi plusieurs cycles de montées et de descentes au sein du nuage, sous l'influence de forts mouvements verticaux. Lorsque ces mouvements verticaux n'offrent plus assez de résistance, les grêlons chuteront du nuage vers le sol. Cette théorie, non rejetée et toujours valable est en partie appuyée sur le fait qu'une analyse minutieuse d'un grêlon montre que ce dernier est composé de plusieurs couches (comme des pelures d'oignons). De fait, le grêlon a subi plusieurs cycles de montées et de descentes dans le nuage convectif. Des recherches plus récentes indiquent que la structure du grêlon serait plutôt induite par la nature des couches d'air traversées par le grêlon. Si ce dernier traverse une couche très fortement concentrée en gouttelettes d'eau, une couche translucide va se former. A l'inverse, si le grêlon rencontre une couche à faible concentration en gouttelettes d'eau, la couche sera plus opaque.

Les plus gros grêlons tendent à se former en périphérie des courants verticaux les plus intenses, là où leur durée de croissance sera plus longue. Ces derniers (souvent au-dessus de 4 cm) se forment par concrétion de plusieurs grêlons de taille plus modeste."


Avec un schéma d'Amélia, on comprend encore mieux :


Au vu du très fort conflit de masses d'air entre le courant d'air froid de l'Ouest (17 °C de moyenne en Bretagne) et le courant d'air chaud de l'Est (35 °C de moyenne en Alsace), on comprend tout à fait la violence des orages observée sur le couloir opposant ces deux masses dont l'épicentre conflictuel se situait sur l'Ile-de-France d'où une grêle aux répercussions particulièrement destructrices car plus le différentiel de température entre les deux courants est important et plus la formation de grosse grêle est favorisée puisqu'il faudra que les grêlons atteignent un poids suffisant pour que l'air chaud ne puisse plus les maintenir en haute altitude.
Dès que l'air chaud perd de son efficacité dans le duel ou bien que les grêlons deviennent assez lourd, ils chutent : L'averse de grêle se déclenche.

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés depuis les 7 derniers jours...