3 et 4 mai 2014 : Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel

Statue de François-René de Chateaubriand
Copyright Arnaud FIOCRET
Il y a de ces destinations touristiques dont on ne revient pas indemne. Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel, appartiennent, je le crois véritablement, à ce petit club des destinations françaises qui marquent à jamais l'esprit d'un photographe.

Saint-Malo incarne les premiers bastions de Bretagne pour ceux venant de l'est (de la Région parisienne le plus souvent). D'ailleurs, la Cité historique (l'intra-muros) est une des plus visitées de Bretagne, au point qu'un sondage en 2010 la classe en première position des destinations préférées des Européens en France.

Située à 404 km de Paris et à moins de 80 km de Rennes, Saint-Malo marque très longuement les esprits pour plusieurs raisons :

- Sa ville fortifiée
- Sa gastronomie
- Ses voyages organisés en mer
- Son histoire
- Les grands hommes qu'elle a vu naître
- Sa cathédrale Saint-Vincent
- L'amplitude exceptionnelle de ses marées

En termes de succès de cette destination auprès des touristes dès que le beau temps est de retour à partir d'avril, vous ne mettrez pas bien longtemps pour vous en rendre compte car si vous avez la maladresse d'arriver tardivement (au-delà de midi), trouver une place de parking devient très difficile et cela malgré les efforts clairement affichés de la commune de tout faire pour que vous puissiez trouver une place en ayant aménagé un immense parking souterrain de 480 places sur trois niveaux. Malgré cet effort, j'ai pu le constater par moi-même que les places sont très prisées à Saint-Malo et que même ce tout nouveau parking ambitieux, interactif et moderne affiche fréquemment complet en plein après-midi.

Le site originel de l’agglomération malouine trouve sa source au Vème siècle : Saint-Malo, venant de l'actuel Pays de Galles, s'installe sur le rocher qui prendra le nom de rocher de Saint-Malo en 541. La cité historique de Saint-Malo connaît son premier essor au XIIème siècle, sous l’évêque Jean de Châtillon quand il y transféra le siège épiscopal, dotant la ville de ses premiers remparts. L'extension s'est poursuivie au gré des siècles d'une façon très complexe jusqu'à la fin des années 1960 qui marquera l'absorption de plusieurs communes (Rothéneuf, Saint-Ideuc, Paramé et Saint-Sevran) en 1967. J'ai pu m'aventurer en tout début d'après-midi du 3 mai 2014 sur la plage de Saint-Malo à marée basse, occasion d'approcher de très près le Fort National de Vauban et d'étudier le littoral rocheux caractéristique de Saint-Malo. La Cité historique (le vieux Saint-Malo), la Cité (ancien Alet) et le port est formé par un littoral complexe qui s'exprime par de nombreux récifs et brisants immergés à marée haute mais également par des îles ou îlots dont beaucoup ont été fortifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles (Cézembre, Fort Harbour, le fort de la Conchée, le Grand Bé et le Petit Bé, l'île du Fort National).

Le 3 mai au soir, entre ma petite promenade à la lumière du couchant le long du rivage pour se rendre au restaurant que j'avais choisi avec ma compagne et le chemin inverse en pleine nuit pour rejoindre notre véhicule sous la lumière d'un croissant de lune de quelques jours, j'ai pu mesurer l'amplitude exceptionnelle des marées de Saint-Malo lorsque la marée haute s'enclenche. Les marées de la baie de Saint-Malo sont parmi les plus importantes en Europe. Elles sont provoquées par la concentration des eaux au cœur d'une baie triangulaire entre la Bretagne et le Cotentin. L'amplitude des marées peut atteindre les 14 mètres, entre le niveau minimal et maximal, ce qui impose une vigilance particulière en bord de mer. Il convient de se renseigner sur les horaires des marées car les risques de se faire piéger par la montée de la mer et même de se noyer quand le courant est fort, sont bien réels.

Conjonction Lune-Jupiter, le 3 mai 2014 à Saint-Malo - Copyright Arnaud FIOCRET
A proximité du parking automobile, je ne pouvais repartir sans cette lumière de la cité historique sous éclairage nocturne. Sans m'y attendre, l'astronomie, cette vieille passion pas si lointaine, pointa le bout de son nez en plein milieu de ce reportage par une conjonction Lune-Jupiter (davantage resserrée le lendemain). La planète géante est parfaitement reconnaissante par expérience par son absence de scintillement et surtout son éclat ; quant à la Lune, bien évidemment, elle ne demande au contraire aucune connaissance particulière pour être identifiable. Je n'aurai que très rarement eu l'occasion de tester mon NIKON D7000 dans ce type de conditions d'éclairage et de configurations. Si les hautes sensibilités sont bluffantes en intérieurs religieux, celles-ci se révèlent tout aussi étonnantes pour des prises de vues en pleine nuit à mains levées (comprendre sans monopode, ni trépied). On peut par ailleurs saluer le système VR équipant mon NIKON 18-200mm dont l'action n'est pas étrangère à la réussite des images.

Cathédrale Saint-Vincent à Saint-Malo
Copyright Arnaud FIOCRET
La veille, au moment de me rendre dans la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, je me suis retrouvé débouté par la messe de 18h30, les visites du monument n'étant seulement autorisées tous les jours que de 9h30 à 18h00. Les brasseries sont accueillantes, les magasins fleurissants, les tentations fréquentes ; La visite de Saint-Malo est une visite très chronophage et il est facile de perdre beaucoup de temps dans du superflu, surtout quand vous vous devez de composer avec les sensibilités de votre accompagnatrice sans la frustrer. Du coup, le lendemain, dimanche 4 mai 2014, je suis retourné à Saint-Malo spécifiquement pour photographier l'intérieur de cette cathédrale dont la rosace est l'une des plus belles que j'ai pu voir. La lumière des vitraux est inoubliable.

Cette cathédrale est magnifique dans toute sa "pauvreté". La cathédrale Saint-Vincent-de-Saragosse de Saint-Malo est une ancienne cathédrale catholique romaine. Son architecture mélange les styles roman et gothique. Elle a connu au cours des huit derniers siècles, des modifications importantes d'aspect au gré des revirements religieux mais aussi au gré des guerres. La cathédrale trouve racine comme la plupart d'entre-elles au XIIème siècle sous le style Roman. sous l'épiscopat de Jean de Chatillon (1146-1163), sur l'emplacement même d'un édifice plus ancien. Chaque siècle voit des modifications qui virent vers le gothique. A partir du XVIIème siècle, on dénombre des destructions. En 1695, les canons de la flotte anglo-hollandaise détruisirent la rosace du chevet, laquelle fut remplacée par trois baies en plein-cintre. Ces trois baies sont remplacées en 1968 par une nouvelle grande rosace conçue par Raymond Cornon et restitue le visage de la cathédrale tel qu'il était avant les destructions anglaises de 1695. Au xxe siècle enfin, la cathédrale fut endommagée lors des combats de l'été 1944. La flèche fut pilonnée par un destroyer Allemand, croyant qu'elle pourrait servir de repère aux Américains, et elle s'écroula sur la chapelle dite « du Sacré-Cœur ». Les dégâts nécessitèrent une restauration importante qui débuta dès 1944 et se termina en 1972.

Détail particulier observable sur l'alignement du choeur entre les deux rangées de bancs : Dans le sol, une mosaïque commémore l'agenouillement de Jacques Cartier avant son départ pour le Canada, le 16 mai 1535. Pour comprendre toute la dimension du monument, il convient de s'attarder sur Saint-Vincent-de-Saragosse. Vincent est un saint célèbre, diacre et martyr espagnol du IVe siècle. Saint-Vincent est nommé dans le canon romain de la messe et son culte est universel. Il est fêté le 22 janvier. Saint Vincent est né à Saragosse, en Espagne. Sa fête correspond à sa mort le 22 janvier 304. Vincent a été torturé sur une maie de pressoir, ce qui pourrait expliquer le fait qu'il soit saint patron des vignerons (symbolique du sang ayant coulé dans le pressoir à la place du vin, etc..) car l'évêque Valère vieillissant souffrant d'un défaut d'élocution chargea Vincent de sa mission de prêcher et d'instruire les fidèles, fonction normalement dévolue à l'évêque, ce qui ne fut pas du tout de l'avis du procurateur Dacien qui les fit comparaître.

Abbaye du Mont-Saint-Michel - Copyright Arnaud FIOCRET
L'Abbaye du Mont-Saint-Michel et sa baie représentent le site touristique le plus fréquenté de Normandie et le troisième de France (après l'Île-de-France) avec plus de 3 000 000 de visiteurs chaque année (3 250 000 en 2006). Personnellement, je ne comptais pas le visiter en me concentrant exclusivement sur les paysages à proximité. Elément architectural et naturel de grande envergure, la commune et la baie figurent depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le mont Saint-Michel est un îlot rocheux granitique à l’est de l’embouchure du fleuve du Couesnon, rocher sur lequel a été construit un sanctuaire en l’honneur de l’archange saint Michel à partir de 709. La construction de l'abbaye de style gothique avec des traits romans se poursuit jusqu'en 1523. Aujourd'hui, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l'année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui peu à peu désertèrent le Mont après 1979, qui furent pourtant les pionniers de la restauration du culte dans l'abbatiale en 1922. Les points de vue pour s'approcher et photographier ce monument, en dehors des structures touristiques habituelles sont peu nombreux. Néanmoins, négliger ces vues serait une grossière erreur car faire de la bonne image, ce n'est pas obligatoirement s'écraser sur le sujet en prenant bêtement le chemin des autres mais très justement, de ne jamais faire comme les autres. Ma préfèrence va toujours aux fines compositions avec premier plan attractif et monument en arrière-plan - Ce fut tout du moins la règle de mon mentor et en l'appliquant, je n'ai jamais été déçu du résultat...!

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