18 au 20 avril 2014 : Blois et Chambord

Voyage en calèche dans le vieux Blois - Copyright Arnaud FIOCRET

Blois est une ville très attrayante, située sur la Loire, à mi-chemin entre Tours et Orléans. Découvrir les vieux quartiers de cette ville d'environ 46000 habitants (116 500 en prenant en compte l'aire urbaine) en calèche sur un parcours d'une vingtaine de minutes fut l'un des divertissements les plus marquants de ce séjour dans la région Centre. Pour le plus grand plaisir du photographe que je suis, j'ai pu bénéficier de la meilleure place pour les images : Celle immédiatement à gauche du cocher (féminin de surcroît, ce qui édulcolore un peu le voyage car les femmes se révélent excellentes à ce type de poste). La ville apparaît dans les témoignages anciens pour la première fois en 410. Des travaux d'urbanisme débutés en 1959 mettent à jour des vestiges du temps de l'époque gallo-romaine. La ville sera plusieurs fois pillée par les Vikings en 851, en 854 puis vers 857. Blois est très marquée au XVIIème siècle par les guerres de religion entre catholiques et protestants. Blois verra l'impératrice Marie-Louise d'Autriche, s'y réfugier en 1814, au moment de la chute de Napoléon Ier. Blois est libérée des Prussiens en 1871 par le Lieutenant Georges de Villebois-Mareuil. La ville sera choisie en 1939 comme lieu de refuge par plus de 3100 espagnols fuyant l'effondrement de la république espagnole sous Franco.

Bien-sûr, l'objectif majeur de mon passage à Blois fut bien entendu son château royal ou plutôt pourrait-on dire ses 4 châteaux car en réalité, ce remarquable produit architectural est la composition de 4 constructions correspondant à 4 périodes clés de l'histoire de France. Résidence favorite des rois de France à la Renaissance, il réunit autour d'une même cour un panorama de l'architecture française du Moyen Age à l'époque classique permettant la compréhension de son évolution au fil des siècles. Il fut de même le témoin d'au moins un crime emblématique, celui d'Henri de Lorraire dit Henri Ier de Guise, troisième Duc de Guise, sous les ordres du roi de France, Henri III. L'aile Louis XII (né au château de Blois en 1462 et devenu roi de France en 1498) dans un style gothique tardif, sans fortifications, représente l'une des parties les plus riches de l'ensemble, avec une statue équestre de ce roi tout simplement magnifique.

Statue de Louis XII sur son cheval - Copyright Arnaud FIOCRET

On y trouve toutes les symboliques de ce souverain dont le plus marquant est celui du porc-épic avec pour devise "Qui s'y frotte s'y pique", la lettre L pour Louis XII et la lettre A, emblème d'Anne de Bretagne (son épouse depuis 1499). Privilégié par Louis XII comme résidence d'hiver, le château devient théâtre de nombreuses rencontres diplomatiques (mariages, réceptions, noces et mêmes des séjours de Machiavel en 1501 et 1510. Quant à la célèbre aile François Ier dans la cour, ciselé de son fameux escalier hexagonal (réalisé par l'architecte italien Dominique de Cortone), elle est réalisé à partir de sa montée sur le trône en 1515. François Ier délaisse le château de Blois pour celui de Fontainebleau en 1524, suite à la disparition de sa femme. Cependant, le château n'est pas tout à fait abandonné puisqu'il devient une sorte de pouponnière royale jusqu'à Catherine de Médicis.

Resté lieu de fête, Blois continue d'y être un théâtre d'événements historiques :

  1. Réception en 1539 de Charles Quint
  2. Rencontre lors d'un bal d'avril 1545 de Pierre de Ronsard et de Cassandre Salviati
  3. Représentation devant le roi de la tragédie Sophonisbe en 1556
  4. Signature d'un traité avec l'Angleterre en 1572
  5. Fiançailles de Henri de Navarre (futur Henri IV) et Marguerite de France en avril 1572
  6. Convocation sous Henri III des Etats généraux en 1576 puis en 1588-1589
  7. Disparition de la reine Catherine de Médicis, le 5 janvier 1589
Symbole de la couronne de France sur une cheminée du château de Blois - Copyright Arnaud FIOCRET

Blois reste la résidence principale d'Henri II, François II, Charles IX. Les intérieurs sont riches et regorgent sans arrêt de gloire en direction de la couronne de France. L'installation en 1634 de Gaston d'Orléans signe l'apparition de la dernière aile (que peut appeler le quatrième château) portant son nom, parallèlement à l'aile Louis XII, au fond du jardin royal. Geston d'Orléans y décède en 1660 ; dècès marquant le premier véritable abandon du château puisque Louis XIV le boude. Au moment où éclate la Révolution, le château est à l'abandon depuis 130 ans et subit les pillages des révolutionnaires. Au vue de l'état du château, sa destruction est temporairement envisagée, jusqu'à ce que Napoléon Ier en décide autrement. A partir de 1834, il est utilisé comme caserne par l'armée ; l'aile François Ier est ouverte au public et quelques visiteurs célèbres portent le nom de Victor Hugo ou bien Alexandre Dumas. L'année 1841 marque la sauvegarde définitive du château de Blois par son classement comme monument historique sous Louis-Philippe.
La plus grosse restauration du château débute en 1844 pour se finir en 1913.

Depuis les années 1990, un spectacle SON & LUMIERE écrit par Alain Decaux, utilisant notamment les voix de Robert Hossein et Fabrice Luchini peut être admiré de nuit dans la cour du château autour de 22h. Ce fut justement le cadeau d'anniversaire que je fis à ma compagne afin de finaliser cette visite de jour. Mais ceci ne fut qu'une étape grandiose avant de poursuivre le lendemain sur la merveille de Chambord située à 17 km de là.

Château de Chambord - Copyright Arnaud FIOCRET

La merveille de Chambord, son château, a été construit à partir de 1519 sous la supervision de François Ier et représente le plus vaste des châteaux de la Loire. Le château ainsi que son jardin d'agrément et son parc de chasse sont classés dès 1840 dans la liste des monuments historiques, en 1981 au patrimoine mondial de l'UNESCO et depuis 2006 dans le réseau Natura 2000 (réseau recensant les sites naturels ou semi-naturels de l'Union Européenne représentant une grande valeur patrimoniale compte-tenu de la faune et flore exceptionnelles qu'ils contiennent). Il est fort probable que Léonard de Vinci (qui arrive à Amboise vers la fin de l'année 1516) et Dominique de Cortone, participèrent à sa conception. Pour la bonne cause, l'ancien château-fort ainsi que l'église du village existant sont rasés pour laisser place nette pour la construction de cette nouvelle "merveille du monde" destinée à immortaliser son constructeur, le "prince architecte" François Ier.

Au delà de 1526, les plans de Chambord sont simplifiés compte-tenu que le royaume traverse une période de catastrophes (Défaite de Pavie et incarcération du roi à Madrid). 1800 ouvriers poursuivent donc cette nouvelle définition de Chambord. L'escalier central est notamment simplifié pour passer de 4 volées à seulement 2 et on ferme les rues centrales initialement ouvertes. A sa mort en 1547, François Ier n'aura passé que 72 nuits au total à Chambord. La construction de Chambord ne s'achève pas avec le décès de François Ier :

  • Henri II y signe de traité de Chambord en 1552 avec des princes allemands s'opposant à Charles Quint
  • Sous Henri II, la construction de l'aile de la chapelle s'achève en 1556
  • Charles IX fait réaliser des travaux de consolidation en 1566


Château de Chambord - Copyright Arnaud FIOCRET

La période qui suit Charles IX marque l'abandon de cette grande oeuvre de pierre car aucun des rois suivants (Henri III et Henri IV) y résideront et y entreprendrons de nouveaux travaux. Louis XIII le donne à son frère cadet Gaston d'Orléans (le même qui érigea la 4ème aile de celui de Blois) ; ce dernier se lance alors dans une restauration entre 1639 et 1642. Sous Louis XIV, Chambord reprend un peu de son intérêt car le roi se rendra neuf fois à ce château, parfois accompagné par la troupe de Molière. Le Bourgeois Gentilhomme y est joué le 14 octobre 1670. Le roi Soleil fait effectuer quelques transformations entre 1680 et 1686 (Chapelle recouverte, fusion de 4 appartements en enfilade pour en faire son logis, création d'un parterre ainsi que le canal du Cosson).

Le XVIIIème siècle est marqué par plusieurs événements à Chambord :

  1. Visite du roi d'Espagne Philippe V en compagnie des ducs de Berry et de Bourgogne
  2. Occupation de 1725 au 25 août 1733 par le beau-père de Louis XV, Stanislas Leszczynski (roi de Pologne en exil)
  3. Château inoccupé pendant 12 ans entre 1733 et 1745
  4. Don de Louis XV au maréchal Maurice de Saxe (qui en devient gouverneur à vie)
  5. Auguste-Henri de Frise est gouverneur de Chambord de 1750 à 1755
  6. Pillage désastreux entre mai 1790 et novembre 1792
Le premier consul Napoléon Bonaparte enclenche les premières procédures de sauvegarde du domaine de Chambord en 1802. Le général Augereau fait fermer les portes du parc et fait réparer l'enceinte. Entre 1809 et 1815, il devient propriété du prince de Neuchâtel et Wagram (Maréchal Louis-Alexandre Berthier). A partir de 1821, il devient propriété du jeune Henri d'Artois, duc de Bordeaux, dénommé "Comte de Chambord" dès 1830 suite aux Trois Glorieuses. Pendant la guerre de 1870, il est temprairement converti en hôpital de campagne.

Il faut attendre le 13 avril 1930 pour que le domaine de Chambord devienne la propriété de l'Etat français. Il sera notamment utilisé pendant la seconde guerre mondiale comme centre de triage des trésors des musées nationaux de Paris et du Nord de la France afin de les sauver des bombardements allemands. La Joconde part dès le 28 août 1939 pour Chambord ; ce seront au total 3690 tableaux du Louvre qui atteignent Chambord en 37 convois. Le château de Chambord aura échappé de peu à plusieurs événements susceptibles de le détruire :

  1. Des bombardements
  2. Le crash d'un bombardier B-24 américain en 1944
  3. Un incendie, le 7 juillet 1945
En 1947 débute la grande remise à niveau de Chambord qui durera près de trente ans :

  1. Reconstruction des combles entre 1950 et 1952
  2. Restauration de la chapelle entre 1957 et 1960
  3. Restauration du logis de François Ier en 1960
  4. Restauration des offices en 1962
  5. Recreusement du canal en 1972
Nul doute qu'on ne repart jamais insensible de Blois et/ou Chambord, tant le génie humain y est palpable...

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