09 et 10 mars 2013 : Amiens et les sites de la Grande Guerre 14-18 autour d'Albert

Par un beau soleil de fin d'hiver avec 17 °C au thermomètre, il était 16h30 le samedi 9 mars 2013 quand ma compagne et moi, nous avons pris la route pour Amiens. Les conditions de circulation s'avéreront excellentes tout le long de l'A16 jusqu'à notre débarquement dans la ville. Sitôt au coeur du chef-lieu du département de la Somme, l'étape du repérage de notre parking souterrain fut plus laborieuse car souvent, il faut ouvrir les yeux bien grands pour dénicher la très timide rampe d'accès dans laquelle s'engouffrer avec le véhicule. Libérés de notre voiture, l'étape suivante consista bien-sûr à rejoindre l'hôtel pour nous débarrasser de nos bagages. En réservant par téléphone notre chambre d'hôtel quelques jours plus tôt, le standardiste nous avait promis une vue nocturne des plus romantiques sur la cathédrale d'Amiens, visible depuis le lit, pour nous accompagner très agréablement dans notre sommeil. Depuis le balcon de notre chambre, je n'ai pas pu hésiter une seule seconde de sortir mon boitier reflex NIKON D7000 pour saisir cette composition superbe de la cathédrale d'Amiens s'illuminant à la tombée de la nuit.

Vue depuis l'hôtel de la Cathédrale d'Amiens
Un livret des menus faisant parfaitement
écho au cadre...
Enfin très confortablement établis sur place, nous nous sommes aventurés en soirée dans la ville jusqu'à 23h00 pour découvrir et nous restaurer dans le fameux quartier St-Leu, bien connu pour ses très nombreuses enseignes gastronomiques de qualité. A l'angle de la cathédrale, notre recherche d'authenticité et de traditionalisme Picard dans notre menu touristique trouva tout son sens dans le choix du restaurant "La Dent Creuse" (http://www.ladentcreuse.com/). Les propriétaires, particulièrement charmants (chaleur humaine bien conforme à l'esprit Picard), assurent un service continu bien agréable. Si un jour, il viendrait à votre esprit de vouloir sillonner la ville si ce n'est qu'une journée, notre dîner dans ce restaurant nous aura laissé sur un sentiment de profonde satisfaction, tant pour le cadre intérieur que pour le repas en lui-même. L'assiette de spécialités Picardes (Ficelle Picarde, Pâté en croûte, tartelette aux poireaux...) constitue à elle-seule une entrée en matière fort séduisante pour que tourisme s'orchestre de pair avec gastronomie locale. De retour du restaurant, nous nous sommes endormis assez difficilement, notamment moi car très excité d'avance d'exécuter le programme photo-culturel du lendemain, méticuleusement préparé depuis plusieurs jours concernant 5 sites d'importance capitale, relatifs à la première Bataille de la Somme (1916) dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume, disposés précisément sur la carte ci-dessous avec leurs distances par la route :


Rétrospectivement, l'écoute de mes intuitions au moment d'assurer le co-pilotage avec mon GPS pré-renseigné auprès de ma compagne et les bons "hasards" des sinuosités de la route, voulurent que la chronologie initiale de notre "parcours découverte" fut quelque-peu modifié :

1 - Basilique Néo-Byzantine d'Albert
2 - Cratère Lochnagar - La Boisselle
3 - British Cemetery - Pozières
4 - Parc Neuvien - Beaumont-Hamel
5 - Thiepval Memorial to the Missing of the Somme

1 - Basilique Néo-Byzantine d'Albert

La première étape de notre parcours est un appel au souvenir et à l'émotion, tant historique que personnel. En juillet 2005, alors au tout début d'une carrière photographique réellement en pleine explosion que je n'imaginais pourtant pas vouée à pareille expansion, cette Basilique représente encore à ce jour la plus belle réussite de tout mon CV d'artiste-photographe. Le portfolio original de 2005 est consultable ici : La Basilique d'Albert par Arnaud FIOCRET. Il fut à l'époque le résultat de poses longues (entre 5 et 15 secondes) à faible sensibilité (100 ISO) avec l'emploi d'un trépied et de mon premier boitier reflex, le NIKON D70 (Résolution de 6,3 Millions de Pixels seulement). Mon travail en 2005 avait tellement ému mon public qu'il me projeta instantanément vers une popularité mondiale et même encore aujourd'hui, mon portfolio demeure la référence pour mettre en valeur cet édifice. Pas peu fier de cette popularité restée assez vive dans les consciences, mon retour avec ma compagne en ces murs presque huit ans après cette révélation ne fut pas évènement anodin. 

Fort de mes énormes progrès en photographie et de l'évolution considérable de mon matériel photographique depuis mes premiers pas (tant au niveau du boitier que dans les objectifs), j'ai pu réaliser quelques nouvelles vues inédites intérieures de cet édifice entre 1000 et 2500 ISO sans trépied, selon les conditions de lumière disponibles, telle que celle visible ci-contre. Compte-tenu de la nature sombre de mes visites, ce dimanche 10 mars 2013, nous pourrions presque y apercevoir un lien synchronique Jungien dans ce tableau de la colombe de la paix accroché à l'une des colonnes de marbre, à proximité du magnifique choeur de la Basilique, revêtue de sa superbe mosaïque décorant l'abside. A en admirer actuellement l'état impeccable, il est effectivement très difficile d'imaginer que cette Basilique érigée au cours de la fin du XIXème siècle fut détruite courant 1916 lors de la première bataille de la Somme à presque 50% par les nombreux obus qui s'égarèrent dans sa nef et sur son dôme soutenant la gigantesque statue en or de la "Vierge et l'enfant". 

Bien qu'il ne fasse pas particulièrement beau en ces derniers instants d'hiver (cette visite précédant d'ailleurs la dernière grand tempête de neige qui s’abattra le mardi suivant, 12 mars 2013 au point de m'empêcher de me rendre à mon lieu de travail), je reste fasciné par la lumière artificielle et naturelle se diffusant dans ce bâtiment religieux de première importance. J'avouerai mon faible tout particulier pour l'architecture Byzantine dont les lignes et perspectives rappellent tout bonnement ce que nous pouvons découvrir tout particulièrement en Turquie Occidentale (Petit rappel : La ville d'Istanbul du temps de la Grèce antique s'appelait Byzance ; L'ancien empire Romain d'Orient dont l'apogée sera atteinte en 550 s'appelait aussi Empire Byzantin). L'architecture Byzantine représente donc un harmonieux mélange d'art grec, d'art romain à consonance orthodoxe ; Une architecture cousine finalement très proche des standards russes, hongrois, de l'Europe de L'est en général. Le XIXème siècle connaîtra une renaissance de beaucoup de types d'architectures anciennes par la construction de nouveaux édifices sous le préfixe Néo-. La Basilique d'Albert représente un merveilleux exemple de la renaissance du style Byzantin, au même titre que le Sacré-Coeur à Montmartre (Paris) enregistrée sous la désignation Néo-Byzantine.

2 - Cratère Lochnagar - La Boisselle

Bienvenue en enfer !


Dès le départ, dès que vous arrivez sur le site du "Lochnagar Crater Mémorial", vous êtes plongé dans l'ambiance : Le ton est très grave, cela renifle comme une odeur de poudre. Ce cratère n'est pas l'oeuvre de la chute d'une météorite mais de l'homme, au point que le site est classé dans la catégorie "très dangereux" car certaines zones sont susceptibles de s'effondrer à cause de l'érosion naturelle du site ou bien, surtout, le site demeure dangereux car des munitions ou des charges n'ayant pas explosé pourraient être encore actives dans le sous-sol à proximité. Toutefois, en restant prudent et en se limitant à parcourir le chemin balisé, il est possible d'effectuer une petite randonnée tout le long du périmètre du cratère de mine.

Ce cratère de mine est célèbre pour avoir été creusé le 1er juillet 1916 autour de 7h20 du matin par l'explosion de deux énormes charges d'Ammonal de 27 tonnes chacune enterrées à 18 mètres de profondeur sous les lignes allemandes par les tunneliers britanniques, explosion marquant officiellement le début de la première bataille de la Somme. On dénombre à la louche environ 150 fantassins tués sur le coup par éventration des tranchées et automatiquement inhumés au fond du cratère sous l'immense volume des retombées de terre. Il faut bien avoir conscience que ce cratère est un véritable cimetière militaire à lui tout seul puisque les corps de ces fantassins dorment toujours au fond du cratère, ensevelis sous les retombées.

Le mélange explosif britannique de nitrate d'ammonium (58,6%), d'aluminium en poudre (21%), de charbon (2,4%) et de TNT (18%) a projeté la terre et les débris des destructions jusqu'à 1200 mètres d'altitude. Le cratère de mine résultant de cette explosion tel qu'il peut être encore observé aujourd'hui, mesure 91 mètres de diamètre pour 25 mètres de profondeur.


Ce cratère est l'un des témoignages encore visible du savoir-faire britannique dans le maniement des explosifs et dans la maîtrise du "tunneliage" pour placer plusieurs dizaines de tonnes de charge sous une grande profondeur. L'armée britannique détient ainsi le triste record de 10000 morts par explosion de 19 mines à base d'Ammonal durant la Première Guerre Mondiale.

Le film de l'explosion d'une mine britannique, le 1er juillet 1916 :


Les auteurs de la vidéo ont par ailleurs mené une enquête pour tenter de déterminer le lieu où pouvait être disposée assez précisément la caméra, ce 1er juillet 1916, afin de filmer cette énorme explosion de mine.

3 - British Cemetery - Pozières

Le cimetière britannique de Pozières - Photo : http://www.ww1cemeteries.com/ww1frenchextension/pozieres.htm
A partir du milieu d'après-midi, la lumière baisse drastiquement, le ciel devient de plus en plus blanchâtre, la température s'effondre, ma compagne et moi sommes frigorifiés et nos séjours auprès du chauffage de la voiture deviennent très agréables. Faire des photographies devient assez problématique et cela d'autant plus que ce cimetière n'est pas ouvert lors de notre passage. Nous sommes cantonnés à l'observer de l'extérieur, depuis les colonnes du chemin de ronde. Néanmoins, je parvins à tirer quelques images de détails architecturaux sur les hauts-reliefs du portail principal. Ces images iront très certainement ultérieurement rejoindre le portfolio officiel de mon portail internet général.

2700 hommes, c'est le nombre de fantassins britanniques enterrés dans ce cimetière. 14000 (dont 300 Sud-africains) est le nombre des noms inscrits tout le long des murs intérieurs de ce même cimetière, de fantassins britanniques disparus qui n'ont pas de sépulture.

4 - Parc Neuvien - Beaumont-Hamel

Photo : http://celine-flu.over-blog.fr/
Le vent est glacial, les rafales se multiplient. Le thermomètre de la voiture indique désormais 2 °C en fin d'après-midi. La température ressentie à l'extérieur est très certainement de -5°C. J'ai le nez qui coule abondamment toutes les cinq minutes. Cela est à peine croyable quand on se remémore les conditions de départ de la veille autour de 17°C avec un beau soleil. En moins de 24 heures, il s'agit d'un plongeon de près de vingt degrés Celsius. Dans ces conditions, j’abandonne le plaisir de la photo pour me concentrer sur l'essentiel de la visite : Marcher au travers du réseau de tranchées conservées pour ne rien rater de ce site historique sensationnel, rejoindre le panoramique avec table d'orientation surplombant toutes les tranchées symbolisé par une magnifique statue de cerf, tenter de réchauffer ma compagne qui se gèle littéralement dans sa tenue malgré un pull-over très épais et se réfugier pour finir la visite très confortablement dans la maison d'accueil contenant tout un parcours explicatif sur ce qui s'est passé en ce lieu, un certain 1er juillet 1916, du côté des bataillons Terre-Neuviens (Canada). Malgré le froid qui semble prendre surement le dessus dehors, le formidable accueil des quelques guides canadiens du parc représente une source de réconfort et de chaleur considérable.
"Vous n'avez décidément pas choisi la meilleure des journées pour venir !" s’exclama très justement l'une des guides en notre direction.

Selon le site de Somme Tourisme : "Le 1er juillet 1916, à 9h, les hommes du régiment terre-neuvien, à peine sortis de leurs tranchées, se trouvèrent pris sous le feu de mitrailleuses allemandes. Une demi-heure plus tard, ils n'étaient plus que 68 valides. Tous les officiers avaient été tués ou blessés. Proportionnellement aux effectifs engagés, cette action fut l'une des plus meurtrières de l'offensive de la Somme.".

5 - Thiepval Memorial Franco-Britannique

Le mémorial Franco-Britannique de Thiepval fut la conclusion du circuit. Il s'agit d'un énorme monument en briques rouges visible de très loin par delà les routes sinueuses, à l'architecture impressionnante (45 mètres de haut), oeuvre de l'architecte Sir Edwin Lutyens. Il porte sur ses piliers l'inscription de 73 367 disparus britanniques et sud-africains tombés entre juillet 1915 et mars 1918, n'ayant pas de sépultures connues.

A l'extérieur de ce mémorial, symétriquement, 100 tombes britanniques d'un côté, 100 tombes françaises de l'autre. Cela permet d'admirer la différence des pierres tombales en fonction de la nationalité. Comme dans tous les lieux Britanniques et notamment dans ce secteur d'Albert, le symbole du coquelicot a remplacé le symbole du bleuet. Le coquelicot a été choisi comme symbole par les Britanniques car la plupart d'entre-eux sont tombés dans ce secteur connu pour ses très vastes plaines couvertes de coquelicots. Philosophiquement parlant, le coquelicot signifie également "l'ardeur fragile". Cette signification est très profonde de sens et prend toute sa dimension car tous ces jeunes soldats Britanniques dont l'ardeur ne tenait qu'à un fil étaient bien fragiles face aux pouvoirs destructifs de l'ennemi. Beaucoup sont tombés dans la Somme sous les rafales très meurtrières des mitrailleuses allemandes.

Dans le monument lui-même, des petites croix ou des petites étoiles de bois selon la religion du fantassin disparu ornent un peu partout les murs mais également l'autel du souvenir central. Le petit témoin de bois tient pour devise "In Remembrance" signifiant "Dans le souvenir". On ne sort jamais indemne de tels parcours historiques surtout quand la pelouse est mouillée, le sol gras, le ciel voilé, le froid presque étouffant, le vent menaçant, comme la plupart de ces journées très sombres que nos aïeux auront affronté pendant un peu plus de quatre ans de conflit dans leurs tranchées souillées par le sang de leurs camarades.

Depuis le 27 septembre 2004, un centre d’accueil et d’interprétation fournit aux visiteurs les clés nécessaires à la compréhension de l’histoire de Thiepval au cours de la Première Guerre mondiale. Le centre propose également de nombreux autres services : bureau d'information, boutique, salle de projection et des sanitaires. Toute mon attention fut personnellement retenue par l'excellente animation retraçant au gré des mois et des années, l'évolution de la position des tranchées au gré des grandes batailles. Ainsi, entre 1915 et milieu 1918,  on remarque d'un seul coup d'oeil l'enlisement perpétuel des positions françaises et allemandes, se soldant continuellement par des batailles sanglantes débouchant sur des pertes énormes.

On ne peut que souhaiter une seule chose pour les générations suivantes : Plus jamais çà !

1er mars 2013 : Séquences vidéo de la nocturne du 50ème salon de l'agriculture



Ces séquences du 50ème Salon de l'agriculture (édition 2013) ont été réalisées lors de la nocturne du vendredi 1er mars 2013, entre 20h30 et 23h, avec mon camescope Haute-Définition. Le montage de ces séquences est effectué avec I-Movie (logiciel de montage grand public d'Apple). Merci à mon adorable compagne de m'avoir fait la surprise d'organiser cette soirée, me sachant très attaché aux bovins et d'avoir tout prévu dans la logistique ce jour-là pour rendre notamment possible ce petit reportage vidéo. 

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