16 septembre 2012 : Saint-Cyr-en-Arthies et Vétheuil

L'aventure commence toujours par un élément semblant insignifiant mais étant parfois très lourd de conséquence sur la suite du processus. En route initialement pour l'église de Vétheuil, ma route s'arrête par le grand des hasards tout d'abord à l'église de Saint-Cyr-en-Arthies attirant mon regard de photographe dans laquelle je fais la connaissance du collectif AME de l'Association Pour l'église de Saint-Cyr dont le principal travail de mémoire et d'histoire se résume en un livre spécialement dédié au Pays d'Arthies, au coeur du Vexin Français, regroupant pas moins de quatorze communes autour de l'étonnant château de La Roche-Guyon en bordure de Seine (Aincourt, Arthies, Chérence, Drocourt, Genainville, Guiry, Haute-Isle, La Roche-Guyon, Maudétour, Saint-Cyr-en-Arthies, Vétheuil, Vienne-en-Arthies, Villers-en-Arthies, Wy-dit-Joli-Village). Au-delà du simple égarement photographique habituel, cette aventure prend très vite une tournure très spirituelle où le charme propre, l'histoire, les héros enracinés dans la tradition du moindre village de l'Arthies prend une place prépondérante dans ma démarche d'observation. J'étais venu juste pour l'image, j'en ressors grandi d'une nouvelle dimension au sein même de mon âme.


Je tiens à saluer l'immense travail de recherches et de documentations établi par le collectif sur ce secteur du Vexin Français se concluant en beauté par ce livre. Il attire mon attention avec la délicatesse d'un enseignant expérimenté sur l'histoire de Saint-Cyr qui fait l'objet notamment de gravures étonnantes sur le retable en bois inscrit aux monuments historiques depuis 1988. Ces gravures très timides ont fait rarement l'objet de photographies de qualité et ce sera le premier défit de mon après-midi : Parvenir à produire pour le collectif AME de l'Association Pour l'église de Saint-Cyr les images susceptibles de permettre d'apprécier pleinement toutes les subtilités des gravures.

Intérieur de l'église Saint-Cyr et Sainte-Julitte - Copyright Arnaud FIOCRET


C'est à ce moment précis où se produit un phénomène sur le troisième cierge du trident de ce chandelier ne laissant pas insensible le Jungien que je suis. Malgré les nombreuses tentatives de l'intéressé, le cierge ne cessera de retomber continuellement dans la même position. Si on se rapporte à la trinité (Le Père, le Fils et le Saint-Esprit), il s'agit d'une manifestation synchronique en rapport avec le Saint-Esprit et veuillez noter le sens d'inclinaison du cierge vers la gravure à gauche. Il s'agit là d'un phénomène digne de ceux motivant réellement une profonde méditation et appelant à la sagesse...


J'espère ne pas commettre de sacrilège et ne pas passer pour fou en invoquant à ce moment même la manifestation de l'inconscient collectif sur les objets, telle ma présence en cette église est en elle-même une convergence fort curieuse dépassant l'intelligence humaine. Carl Gustav Jung disait "Dieu est le symbole des symboles" et j'y reste tout à fait attaché. Je suis convaincu que ma présence en cette église se résume ni plus, ni moins en un très subtile et pas moins évident appel de Dieu s'accomplissant par la concentration de tous les meilleurs protagonistes au bon moment en un seul et même endroit. L'histoire de Saint-Cyr ? Les deux gravures ou deux bas-reliefs selon comment nous les nommons correspondent aux deux grands épisodes de la vie de St-Cyr. Si on se fie totalement à la manifestation du Saint-Esprit qui semble pointer de son doigt le premier bas-relief à gauche avec son cierge incliné, il semblerait important de philosopher sur sa signification. Ce bas-relief évoque le martyre de l'enfant, alors âgé de 3 ans. Entendant ses propos "Moi aussi, je suis chrétien", le préfet Alexandre le précipite sur les marches du trône et lui fracasse le crâne.

Peu de temps avant de quitter l'église, je confie au collectif mon désir de me rendre maintenant à l'église Notre-Dame de Vétheuil pour terminer mon pèlerinage photographique.


Il me fournit alors le contact d'Eliane BRICARD, une femme experte en ces domaines, très cultivée dont la rencontre peu de temps après mon arrivée au porche de l'église va se révéler tout à fait déterminante. En temps normal, photographier l'intérieur de cette église est interdit car cela porterait préjudice aux financements relatifs à l'entretien de ce joyau architectural sous la forme de cartes postales et autres souscriptions, déjà très fortement défiguré depuis les célèbres vols progressifs de l'intégralité du retable de la Passion entre 1966 et 1973.

Le retable tel qu'il était à l'origine avant les vols...

Depuis 1999, seuls deux fragments ont été retrouvés : La Flagellation et le Baiser de Judas. Le reste des pièces est encore dans la nature plus de 40 ans après les premiers vols. Je tiens ainsi à remercier Eliane BRICARD et Xavier DELAGE pour l'autorisation officieuse tout à fait exceptionnelle qu'ils m'ont accordé de pouvoir photographier en totale liberté beaucoup de pièces de cette église et entre-autres le plafond peint tout à fait incroyable de beauté des 4 évangélistes St-Marc, St-Luc, St-Matthieu et St-Jean qui constituera mon second défi photographique de la journée.

Plafond peint des 4 évangélistes de l'église Notre-Dame de Vétheuil - Copyright Arnaud FIOCRET

Amoureux des belles pièces architecturales, surtout lorsqu'elles sont presque inaccessibles, l'église de Vétheuil fut pour moi la grande émotion de cette journée et même, je dirais, l'unes des plus grandes émotions de mon parcours de photographe. J'espère que si Dieu le veut, celui-ci me laissera tout le temps pour continuer à admirer de telles merveilles, fruits de l'une des rares qualités que l'on puisse attribuer à l'Homo Sapiens : L'apparition de l'art. Le passionné d'architecture et plus particulièrement "spécialiste en photographie d'architecture religieuse" (bien que cette seconde définition soit un peu trop pompeuse à mon goût pour me qualifier et que je préfère en rester à des termes plus simples) est resté bouche bée de très longues minutes devant tant de couleurs et de finesse en ces décors flamboyants, trop souvent restés à l'écart des yeux de nos contemporains en l'ombre de ces murs...

Admirer et valoriser l'architecture religieuse est un privilège qui se mérite dont le prix s'évalue par l'infinie modestie et l'imperturbable patience...

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