Conflit au Sri-Lanka : Un véritable génocide organisé

La situation au Sri-Lanka est un dossier qui me révolte beaucoup. Depuis 40 ans, ce pays appartient au club de ceux qui sont continuellement en guerre.

La situation y est devenue catastrophique, surtout depuis ce début d'année 2009 où l'armée nationale du Sri-Lanka s'est décidé, sous l'impulsion de leur président d'anéantir les Tigres Tamouls, jugés comme groupe terroriste.

J'aime mon pays la France, je respecte les hautes autorités qui la dirige, bien que je ne sois pas toujours d'accord avec elles mais je dois tout de même avouer que sur ce dossier bien précis, je ne comprends pas toujours la position internationale de la France et surtout son laxisme vis à vis de cette situation dramatique. Parfois, je trouve que notre position en France par rapport à ce dossier est totalement à l'encontre des intérêts de la France en terme d'image.

La France, ce sont les droits de l'homme. Or, dans ce dossier, nous les défendons très mal...Pour ainsi dire pas du tout !

Concrétement, au Sri-Lanka, c'est un véritable génocide d'une population par une autre. Dans les années 40, nous dénoncions la barbarie nazie concernant les juifs. Curieusement, qu'une barbarie très similaire se produise au Sri-Lanka n'effraie personne en France. Il convient pourtant d'observer les choses avec objectivité.

En 40 ans, ce sont plus de 120 000 civils Tamouls qui auraient trouvé la mort. Sur ce total effrayant, on dénombre plus de 7000 morts entre janvier et mars 2009. On dénombre le même nombre de victimes pour le seul mois d'Avril 2009.

En 40 ans, le quotidien du peuple tamoul se résume à des bombardements, massacres, tortures, enlèvements, viols, avortements forcés, stérilisations et humiliations, dans un climat permanent de peur et sous la menace permanente de la famine...Et en France, on ne parle de rien et on ne se préoccupe pas de la situation. Dès que la situation devient vraiment critique, on en parle timidement durant deux jours pour ensuite très vite oublier...

En tant qu'être humain, je crois et je m'accroche à des valeurs d'égalité, de liberté et de fraternité...Et je ne peux pas rester insensible au fait que en France, nous puissions vivre tout à fait heureux avec des libertés fondamentales, qui sont, là bas, complétement bafouées par soucis pour le pouvoir en place de jouir d'une idéologie collective.

Rappel historique sur la génèse de ce conflit

Le Sri Lanka, anciennement appelée Ceylan, est une île de 69 610 km2 située dans l’océan Indien, à 35 km au sud de l'Inde. Dans un espace insulaire réduit se rencontrent des milieux géographiques et des traits socioculturels très contrastés. Le Sri Lanka appartient au monde indien par sa morphologie et ses climats, par son peuplement, ses structures sociales et sa culture. Deux ethnies y vivent depuis de nombreux siècles : les Tamouls et les Cinghalais. Ce sont deux peuples totalement différents par leur langue, leur religion et leur culture.

Dès 1797, les Anglais, installés dans l’Inde voisine, s’intéressèrent à leur tour à l’île et firent main basse sur les comptoirs maritimes principaux. En 1802, l’île fut déclarée colonie de la Couronne britannique, confisquant ainsi deux souverainetés, tamoule et cinghalaise. L'économie subit alors de profondes transformations, avec notamment l'introduction du système de plantations. Ce fut d'abord le café, à partir des années 1830, remplacé par le thé et l'hévéa vers 1880.

Le 4 février 1948, l'indépendance fut proclamée, laissant le pouvoir aux Cinghalais qui étaient majoritaires sur l’île. Au fil des années, les différents gouvernements cinghalais ont appliqué une politique discriminatoire à l’égard du peuple tamoul, jusqu’à franchir le pas vers une violence sans précédent se traduisant par des massacres et des bombardements sur les civils tamouls.

Entre 1948 et les années 1970, de nombreuses manifestations pacifiques tamoules furent organisées afin de protester contre cette constante discrimination, ces oppressions et ces massacres.

En 1972, la religion bouddhiste est devenue religion officielle et Ceylan est rebaptisé Sri Lanka, nom cinghalais. Les terres tamoules de l’Est ont été colonisées par des dizaines de milliers de Cinghalais. L’Etat a empêché les jeunes Tamouls d’accéder à l’enseignement supérieur et à la fonction publique.

En 1976, un référendum montre que 95% des tamouls du Sri Lanka désirent fonder un Etat indépendant, l’Eelam Tamoul, la patrie de leurs ancêtres.

En 1977, est né un mouvement appelé les Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul (LTTE). Ce mouvement de résistance, créé par des étudiants, est né afin de protéger la population tamoule des massacres, des viols et des tortures infligés par le gouvernement cinghalais. Les Tigres ont déclaré dès leur origine, ne vouloir se battre que contre les soldats et contre l’oppression du gouvernement sri‐lankais et non contre les civils cinghalais. Mais les médias, détenus par le gouvernement sri‐lankais, ont désigné ce mouvement de résistance comme un mouvement terroriste. Au long de ces années les tigres se sont développés et organisés et ont remporté des victoires retentissantes dans les années 2000 qui ont déstabilisé le gouvernement cinghalais et ont permis d'ouvrir des négociations, avec l'aide de la Norvège, pour aboutir à une trêve entre 2002 et 2006.

En 2005, à l'arrivée du nouveau président, les massacres ont recommencé mais les tigres n'ont pas riposté et ont tenté d'alerter la communauté internationale qui n'a pris aucune mesure visant à arrêter cette guerre.

En 2006, un bombardement sur un orphelinat tamoul tuant, entre autre, 61 petites orphelines a relancé les combats entre le gouvernement et les tigres tamouls.

Depuis, après avoir abrogé de manière unilatérale le Cessez‐le feu signé sous la médiation norvégienne, une guerre génocidaire a été délibérément lancée dans la région densément peuplée du Vanni par le président sri‐lankais. C'est cette guerre que je dénonce via cet article en qualité d'intellectuel, d'humain et de Français fidèle à l'image d'ouverture de son pays.

Photographie - Copyright AFP.

1 commentaire:

autrui a dit…

Sous le nom d'une guerre « contre le terrorisme », le gouvernement nationaliste et militarisé a continué le massacre contre la minorité Tamoule du Sri lanka, avec le soutien de certains pays dont on connait leur position sur le droit de l’homme : la Chine avec le Tibet, la Russie avec la Tchétchénie, Cuba,.. Dès lors qu’ils peuvent épuiser les armes et gagner du blé, ils se taisent.

Il faut dire aussi que ce gouvernement n'a jamais considéré les Tamouls comme ses citoyens.
Plus de 300 000 Tamouls déplacés par les combats sont toujours retenus dans des camps entourés de fils de fer barbelés et par les forces de sécurité sri lankaises. Pourquoi l’accès aux camps d’internements (dénoncés par les ONG) et aux zones tamoules en général reste très limité? Est-ce pour empêcher la presse d’obtenir des informations sur le sort des populations tamoules?

Le chef de l’armée sri lankaise, le général Fonseka, a même annoncé que les journalistes qui se sont rendus dans les zones anciennement contrôlées par le LTTE seront poursuivis. Des journalistes et des témoins (dont des médecins) qui ont osé parler du massacre ont subi des intimidations, ont été arrêtés, disparus de force ou tués: les journalistes Poddala Jayantha, Lasantha Wickrematunga, Aiyathurai Nadesan , les docteurs Varatharajah, Sathyamurthi, Shanmugarajah,.. La liste est trop longue.

Pour quelles raisons le gouvernement sri lankais empêche-t-il une enquête sur les allégations de crimes de guerre au Sri Lanka ? Le gouvernement Sri Lankais cache-il quelque chose ?????? La réponse est évidente.

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